Le vinaigre des quatre voleurs

St François Xavier bénissant les pestiférés
LOMBARDI Giovanni Domenico (1682-1752) St François Xavier bénissant les pestiférés

Comment savoir d’où vient et quand est né exactement le passionnant et célèbre vinaigre des quatre voleurs tant les légendes se suivent et ne se ressemblent pas. Il serait né à Marseille, à Toulouse ou à Toulon au dix-septième ou dix-huitième siècle et aurait guéri la peste, grâce à quatre voleurs. Comme toujours, la réalité est plus complexe. C’est grâce à un historien[1] que l’on retrouve l’origine de cette potion. « On doit à des assassins de Toulouse, pendant la peste de cette ville en 1722, la composition connue sous le nom de vinaigre des quatre voleurs dont l’ail et le camphre font la base. » A la même époque, on tenta sans succès d’enrayer la grande peste de Marseille avec ce fameux vinaigre, qui se popularisa. Plusieurs officines se sont alors emparées du remède, se vantant d’être les seules à fabriquer la recette authentique. Onfroy, à l’hôtel d’Aligre rue St Honoré à Paris, puis la parfumerie marseillaise Demoussiaux en fit sa spécialité. Une composition précise en a alors été donnée, par un chimiste français Paul-Jacques Malouin, dans sa Pharmacopée chimique, ou chimie médicinale, en 1755.
Quelques années plus tard, un chimiste français[2] fit des expériences de fumigations d’acide et tenta en vain de désinfecter différents bâtiments avec cette lotion qui y apparaît sous le nom de « vinaigre anti pestilentiel ». L’auteur conclut, que s’il ne désinfecte pas l’air,il désinfecte les objets touchés (courrier), bien mieux que le parfum, le meilleur étant toutefois l’acide acétique. Ce vinaigre fut reconnu comme un bon remède contre les maladies et concernant la peste, il « servait à désinfecter plutôt qu’à guérir, telles sont donc les seules armes qu’eurent à leur disposition les médecins qui combattirent la peste.  » Quant à savoir, si ingéré le vinaigre des quatre voleurs protège de la peste, c’est une autre histoire. S’il l’avait vraiment été, la peste aurait disparu plus vite assurément. Inscrit au Codex de 1748, ce vinaigre en disparut en 1884. Quant à sa composition, on trouvera différentes recettes se prétendant toutes être les authentiques. La recette précise parue dans Le parfumeur impérial contient «six pintes de vinaigre, deux poignées de sel, de romarin, d’absinthe, de lavande, de sauge, de menthe, de rue et deux encore d’angélique. Deux onces de baies de genièvre, de clous de girofle et quatre de gentiane, quatre têtes d’ail et deux oignons coupés». Le tout doit infuser six semaines. On y ajoute ensuite du camphre[3].Ce vinaigre auquel on attribue une quantité innombrable de vertus, est encore en vente aujourd’hui (aux environs de 60 € le litre). Bien entendu, cette recette diffère légèrement de l’originale !

Extrait de «Les bienfaits du vinaigre», Régine Quéva, J’ai Lu/Bien Etre.

[1] Pierre-Édouard Lémontey, 1762-1826 , Histoire de la régence, tome 1.

[2] Louis-Bernard Guyton de Morveau (1737- 1816), Traité des moyens de désinfecter l’air, de prévenir la contagion, et d’en arrêter les progrès, 1773.

[3] C. F. Bertrand, Le parfumeur impérial ou L’art de préparer les odeurs, essences, parfums…1809.

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